Arts et féminisme : focus sur les Guerilla Girls

Les Guerilla Girls sont un groupe d’artistes féministes fondé à New York en 1985. Elles sont connues pour leur création et diffusion d’affiches afin de combattre le sexisme et le racisme dans les arts. Leurs masques de gorilles, signatures du groupe, leur permettent de garder l’anonymat.

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Arts et esprit critique

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L’art est un espace privilégié pour interroger le quotidien, et remettre en cause les normes sociales établies. En révélant ou appuyant sur des vérités occultées, dérangeantes, ou sur lesquelles l’attention n’a jamais été portée, les arts incitent à porter un regard critique sur notre environnement social et politique. La revendication, l’expression de soi, et toute création artistique peut être un puissant levier de transformation sociale, d’autant plus si elles sont engagées.

Les artistes jouent un rôle central dans la remise en question des stéréotypes et des représentations figées qui perpétuent les inégalités. En proposant des récits alternatifs, en accentuant ces inégalités, ils ouvrent la voie à une réflexion sur l’identité et la culture. Par exemple, l’œuvre « You’re seeing less than half the picture” (1986) dénonce la sous-représentation des femmes et artistes de couleur dans les musées et galeries à la fois en jouant sur les couleurs (sur-représentations de blanc, écriture noire) et en invitant à mieux lire et mieux questionner ce que l’on voit grâce à un visuel marquant. Les Guerilla Girls invitent donc à déconstruire des normes visuelles et sociales en réinventant la manière dont nous percevons l’art et la représentation.

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Accompagné de sa dimension esthétique, l’art engage donc le spectateur à porter un regard actif sur le monde qui l’entoure. Cette dimension éducative des arts s’inscrit tout à fait dans la logique féministe, qui prône une éducation libératrice. Par la confrontation de perspectives et de récits de vie variés, tels que les œuvres littéraires post-coloniales ou tenant du Black Feminism, l’art contribue à se forger une pensée autonome et un esprit à la fois critique et curieux.

Le détournement et la réappropriation d’œuvres

Détourner pour se réapproprier une œuvre peut être une stratégie artistique efficace pour décoder les discours stéréotypés et dominants afin d’offrir une proposition de lecture critique d’une œuvre. Certaines artistes féministes vont donc jouer avec les symboles de la culture populaire et institutionnelle pour imposer de nouvelles représentations.

L’œuvre “Do Women Have to Be Naked to Get Into the Met. Museum ?” (1989), qui se trouve plus haut dans cet article, détourne la célèbre La Grande Odalisque d’Ingres en lui ajoutant un masque de gorille, symbole des Guerilla Girls. Elle est accompagnée d’une statistique parlante : moins de 5% des artistes exposés dans les musées sont des femmes, alors que 85% des nus sont féminins. Les femmes vont être d’avantage représentées comme des objets de désir que comme créatrices, capables de réaliser d’œuvres qui en valent le détour.

D’autres artistes vont plus s’inspirer des éléments de la culture populaire pour relever des inégalités ou stéréotypes. Par exemple, l’œuvre « Your Body is a Battleground » (1989) de Barbara Kruger, avec son graphisme publicitaire et ses trois couleurs primaires (noir, blanc, rouge), reprend les codes de la publicité et des médias pour rappeler que le corps des femmes est inlassablement soumis aux débats sur le contrôle et la légitimité des droits des femmes.

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